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Une oasis dans le désert médical

© Téo Lannié/CCMSA Image

Depuis quelques années, la MSA contribue à favoriser l’installation des professionnels de santé en milieu rural par son plan d’action « Exercice en campagne ». Une façon d’aller vers la garantie d’accès à des soins de qualité pour tous.

Alors que le gouvernement vient d’annoncer son plan pour renforcer l’accès territorial aux soins pour que « chaque citoyen [ait] accès à une médecine de qualité, quel que soit l’endroit où il vit » (Édouard Philippe, Premier ministre), la MSA poursuit sa mobilisation en faveur de l’exercice en campagne.

Plus de 8 % de la population vit dans l’une des 9 000 communes manquant de généralistes, soit environ 5,3 millions d’habitants, d’après une étude du ministère des Solidarités et de la Santé.

Les 5 et 6 octobre, des médecins-conseils venus de différentes caisses de MSA tenaient un stand aux « Entretiens de Bichat », à Paris. Une opportunité pour échanger avec les partenaires des territoires et surtout pour sensibiliser les professionnels de santé à l’exercice en milieu rural.

 

Rencontre avec Philippe Labatut, médecin national adjoint de la MSA, et Mariam Arvis, médecin conseil à la CCMSA.

Mariam Arvis et Philippe Labatut, sur le stand de la MSA aux Entretiens de Bichat, le 6 octobre. © Eve Dusaussoy

Quelle mission se donne la MSA sur l’exercice en milieu rural ?

Le nombre de professionnels de santé est en baisse et ils sont très mal répartis sur nos territoires ruraux. Cela pose un problème d’accès aux soins pour nos adhérents. Aujourd’hui, la densité moyenne est de 1,3 médecin pour 1 000 habitants en France.

Il nous faut mettre en valeur le milieu rural que nous connaissons bien, faire en sorte que les professionnels de santé s’installent dans de bonnes conditions, avec les partenaires adéquats et surtout sur des territoires qui leur permettront de s’épanouir, d’offrir du travail pour le conjoint, des commodités pour les enfants, etc.

Nous essayons d’être proactifs au niveau national car la MSA a une vraie légitimité en tant qu’organisme de protection sociale. Mais nous ne sommes pas les seuls. Nous travaillons en partenariat étroit avec les ARS (agences régionales de santé), les URPS (unions régionales des professionnels de santé), les établissements de formation…

 

Quels sont les arguments pour convaincre les professionnels de s’installer à la  campagne ?

Quand on échange avec eux, on se rend compte que le milieu rural peut tout à fait être en adéquation avec leurs aspirations professionnelles et personnelles, à condition de s’installer en exercice coordonné.

Les avantages sont réels : cela permet de pratiquer une activité diversifiée, d’améliorer la prise en charge des patients, d’avoir l’opportunité d’utiliser du matériel moderne, les nouvelles technologies et les systèmes d’information permettant de mieux se coordonner entre acteurs (dossier médical partagé, planning, etc.)…, et de bénéficier d’un niveau de vie supérieur. Un généraliste du Pas-de-Calais, par exemple, gagne en moyenne 60 % de plus que son confrère parisien.

Exercer en milieu rural offre une belle qualité de travail et de vie : on peut choisir ses horaires, on n’est plus obligé d’aller s’enfermer au fin fond de la campagne – en général ils habitent en ville avec une vie culturelle, sportive, etc. très épanouie, et ont leur cabinet à une demi-heure de route.

 

Que propose la MSA pour accompagner les personnes qui sautent le pas ?

Elle les accompagne tout au long de leur installation pour qu’elle se fasse dans de bonnes conditions et qu’elle soit durable. Nous aidons les professionnels dans la constitution du dossier d’installation et de financement. Nous les rapprochons d’un médecin-conseil et les orientons, en fonction de leur demande, vers des zones où les diagnostics territoriaux réalisés avec nos partenaires, notamment l’ARS, ont décelé des besoins. Nous leur donnons aussi la possibilité de faire un stage sur le terrain pour tester, avant de se lancer, ce qui les intéresse beaucoup.

 

L’exercice coordonné semble s’imposer. En quoi consiste-t-il ?

C’est l’exercice de plusieurs professionnels (infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, dentistes, etc.) regroupés dans un lieu physique, type maisons de santé ou pôles de santé, autour d’un projet de santé de territoire. Certains centres d’exercice coordonné comptent 20 à 25 professionnels de santé. C’est très intéressant pour eux parce qu’ils peuvent échanger sur les dossiers des patients.

Si un médecin est malade, il peut se faire remplacer par son confrère : il n’y a plus de problèmes de remplacement. On est parfois au-delà de ce qu’on peut trouver en urbain : radios, plâtres, petite chirurgie…, ce qui limite le recours aux urgences. La particularité de l’exercice libéral était d’être un exercice isolé, pour rentrer des revenus pour soi. Là, nous sommes vraiment dans la santé publique : il y a des revenus pour soi mais aussi des revenus pour la structure, pour qu’elle s’améliore, pour financer le secrétariat, le matériel, etc. C’est vraiment un autre concept.

 

Un modèle d’avenir ?  

On arrive aujourd’hui à plus de 1 000 maisons de santé pluridisciplinaires en France et le gouvernement espère doubler leur nombre dans les cinq ans. L’objectif est de généraliser ce mode d’exercice, parce qu’il est pertinent.

Ce n’est pas un modèle exclusif mais c’est un modèle rassurant. On passe d’une médecine de patients à une médecine de populations. La pluridisciplinarité, ce sont des relations médicales riches, intellectuellement et humainement.

Pour les patients c’est mieux aussi. Plutôt que d’avoir un médecin par ville, il vaut mieux avoir un centre bien doté, où ils trouveront toujours quelqu’un pour leur répondre, une qualité de soins et des professionnels épanouis, heureux de les voir arriver. C’est vraiment positif pour tout le monde.

 

Eve Dusaussoy

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