Imprimer cet article Envoyer cet article

Vinitech-Sifel : cuvée 2018

La MSA a inauguré son nouvel outil de prévention avec réalité virtuelle, le 23 novembre au salon Vinitech-sifel. © Eve Dusaussoy/Le Bimsa

Plusieurs milliers de professionnels des filières vitivinicoles et fruits et légumes étaient attendus du 20 au 22 novembre à Bordeaux. Une occasion à ne pas manquer pour la MSA, qui a proposé un stand… généreux et charpenté. 

Si le mouvement des gilets jaunes a un peu perturbé la fréquentation du Salon Vinitech-Sifel cette année, 2018 restera un beau millésime. De quoi réjouir les caisses de MSA Gironde, Sud Aquitaine, Dordogne Lot-et-Garonne et des Charentes, qui ont installé, au milieu des 45 000 visiteurs, un stand santé-sécurité au travail à destination des professionnels de la vigne.

© Eve Dusaussoy/Le Bimsa

Le résultat d’un projet concerté qui se bâtit dans le cadre d’«un copil régional regroupant les équipes de conseillers en prévention des risques professionnels, de médecins du travail et d’infirmières en santé travail des six caisses de MSA de Nouvelle Aquitaine, précise Claude Chaussée, directrice adjointe de la MSA Gironde et directrice déléguée ARCMSA (association régionale des caisses de MSA) Nouvelle Aquitaine. Nous préparons cet événement depuis un an 

L’environnement de travail  

Hall 1, allée B, travée 17. Une maquette d’exploitation viticole de deux mètres sur deux attire les visiteurs. Alors qu’ils s’attardent sur les personnages et autres pieds de vigne miniatures, Christine Dubon-Cazabat, conseillère en prévention à la MSA Dordogne, Lot et Garonne, en profite pour les interpeller sur différentes thématiques : les déplacements sur le domaine viticole, l’organisation des tâches, le rangement du local consacré aux produits phytosanitaires, l’hébergement des saisonniers, le nettoyage du matériel…

Elle met en avant les sièges de vigne, manuels ou électriques, qui permettent de préserver le dos, les hanches et les genoux. Devant le minifourgon aménagé, elle rappelle l’avantage de « manger à l’abri quand il pleut ou de récupérer une tenue sèche, ces bonnes habitudes permettent de limiter les contractures musculaires ». 

Le vigneron ? Un sportif de haut niveau ! 

Les TMS (troubles musculo-squelettiques) occupent une bonne partie du stand MSA. Malgré l’évolution des équipements et la mécanisation d’un certain nombre d’actes, les travaux du vignoble restent physiques. Ils sollicitent beaucoup le corps.

Les équipes de santé-sécurité au travail distribuent des fiches pratiques et un guide méthodologique mis au point grâce à un travail commun entre la MSA Gironde et l’Aract Nouvelle Aquitaine, associant institutionnels et professionnels de la viticulture. 

« La prévention des TMS est un thème qui nous tient à cœur à la MSA Gironde, confie Claude Chaussée. La Gironde recense plus de 50 % des TMS déclarés au niveau national en viticulture ; ainsi, pour ls salariés agricoles de Gironde, 85% des TMS concernent la viticulture. Tout simplement parce que ce type culture implique des gestes très répétitifs : acanage, pliage, taille, relevage, épamprage… Mais aussi parce que nous pratiquons, dans notre région, le “prix fait”. »

© Eve Dusaussoy/Le Bimsa

Ce mode de rémunération, où le salarié est payé au nombre de pieds qu’il « réalise », incite à des journées de travail longues, des cadences élevées avec des temps faibles de récupération. « C’est dans l’intérêt du salarié d’aller vite pour en faire un maximum. De son côté, l’employeur y trouve son compte puisque le travail est plus vite accompli. »

L’épaule, le coude, le poignet et le rachis sont les premiers touchés, avec des pathologies parfois très invalidantes. « Dans la vigne, c’est 14 000 coups de sécateur par jour, constate Christine Dubon-Cazabat. Un même mouvement répété autant de fois crée forcément des problèmes de canal carpien ou de tendons. »  

Le parallèle avec les sportifs de haut niveau est aisé : « Un tennisman qui donne plusieurs centaines de coups de raquette par jour adopte une bonne hygiène de vie, ça va de soi pour tout le monde. Pour la personne qui travaille dans la vigne, ça doit être pareil. » Bien manger, dormir, préparer ses muscles, s’hydrater, s’étirer… et alterner le travail entre les ceps. « On commence par les bois tendres pour permettre au corps de s’échauffer, puis on attaque les bois durs. Et quand l’équipe commence à se plaindre de douleurs, on revient sur des bois tendres », conseille Christine Dubon-Cabazat. 

Anticiper grâce à la 3D 

De l’autre côté du stand, la petite nouvelle qui fait parler d’elle, c’est l’animation réalité virtuelle. Elle a été commandée spécialement pour l’occasion. Alexis Pagnac, conseiller en prévention à la MSA Gironde, invite Marc, viticulteur, à enfiler un casque 3D pour un petit voyage dans un domaine vitivinicole.

En l’espace de quelques secondes, le visiteur se trouve immergé dans un cuvier en Inox ou un chai à barriques, bien loin du parc des expositions. Cette visite virtuelle permet à Alexis Pagnac d’aborder l’aménagement des espaces et comment y faciliter le travail. « On intervient trop souvent en correction de situation : risque de chutes, stockage des produits, accès aux cuves… » 

© Eve Dusaussoy/Le Bimsa

Le conseiller insiste sur l’intérêt d’intégrer la prévention dès la conception du chai. « Le nettoyage, par exemple, n’est pas souvent pris en compte alors qu’il fait partie du travail ; il prend même énormément de temps. Souvent les sols n’évacuent pas bien l’eau ; augmenter la pente permet de faciliter le nettoyage et de réduire le temps consacré à cette tâche. »

Alors que Marc, bluffé par la réalité virtuelle, circule dans le chai à l’aide de son joystick, Alexis lui rappelle qu’il peut être accompagné par les professionnels de la MSA dans un futur projet d’aménagement : « Si besoin, nous vous rapprocherons de personnes ressources, comme un ergonome. L’objectif est d’améliorer vos conditions de travail, mais aussi de faire des économies en mettant en place des mesures préventives. » Pour le viticulteur, l’idée est à décanter. 

 

 

Lire aussi

Laver son pulvé en sécurité

© Eve Dusaussoy/Le Bimsa

Bruno Farthouat, conseiller en prévention à la MSA des Charentes, intervient en conférence sur le lavage des pulvérisateurs à panneaux récupérateurs. Cette opération délicate expose particulièrement l’utilisateur aux produits phytosanitaires.

« Le temps de nettoyage est deux à trois fois plus long que pour un pulvérisateur classique ; le temps d’exposition est donc multiplié. » Les parois du récupérateur et le nuage autour de l’utilisateur lors du lessivage sont très contaminants. D’où l’importance de bien choisir son pulvérisateur à l’achat : « Mieux vaut privilégier ceux qui ont des surfaces à nettoyer limitées et sans recoins. Les filtres doivent aussi être pratiques et faciles d’accès. Enfin, il faut choisir un nettoyeur permettant de jouer sur la pression pour limiter les projections sur l’opérateur. »

© MSA des Charentes

Autre moment critique pour le viticulteur : le nettoyage des parties hautes. « Non seulement il risque des TMS à cause du travail en extension, mais il peut aussi perdre l’équilibre et chuter. »

Le conseiller en prévention recommande dans ce cas des solutions comme la passerelle ou l’escabeau roulant sécurisé. Ces outils permettent à l’opérateur d’être en hauteur, donc de diminuer les projections verticales. Bruno Farthouat rappelle que les EPI (équipements de protection individuelle) ne sont jamais complètement adaptés, « ils sont vraiment le dernier rempart après avoir mis en place toutes les autres mesures de protection ».

Enfin, lorsque le pulvérisateur est propre, personne ne doit déroger à la règle du nettoyeur nettoyé : « La douche est obligatoire ! »

Eve Dusaussoy

Comments are closed.